Le Banc
Chevallier et Laspalès mal assis

JEAN-LOUIS PINTE
Gérald Sibleyras est un de ces nouveaux auteurs qui ont donné
à ce qu’on appelle le théâtre de boulevard une autre tonalité,
un autre esprit, loin de certaines facilités. L’écriture est simple,
les situations non dépourvues d’un certain humour. L’homme
visiblement aime les comédiens. Il leur taille des rôles à la mesure de leur personnalité. Que ce soit Pierre Arditi, Catherine Rich ou Patrick Chesnais. Là, avec Le Banc, il se glisse dans les pas et l’esprit de deux comiques qui ont leur propre univers, Chevallier et Laspalès. Deux gugusses, deux compères qui ont fait un style de leur différence de ton et
d’allure. L’un faussement étourdi, presque benêt, l’autre plus
ramenard, un brin agaçant, mais sur le fond toujours complices. Dans cette nouvelle pièce de Gérald Sibleyras, ils sont amis et jouent du piano à quatre mains, et cela depuis des lustres. On les surprend à un moment où ils se rendent dans
une fondation au coeur des Alpes pour se ressourcer. L’endroit
est idyllique. Leur séjour va l’être moins. Toutes les rancoeurs
qu’ils ont accumulées au cours de leur carrière remontent
à la surface. Ils ne se supportent plus. Et le fameux banc de pianiste est la métaphore de leur collaboration qui se délite.
Il se rétrécit jusqu’à disparaître.
Sur les planches
Chevallier et Laspalès ont débuté ensemble au théâtre en 1982
dans Pas de fantaisie dans l’orangeade. Mais le grand succès a lieu quinze ans plus tard avec Ma femme s’appelle Maurice
de Raffy Shart qu’ils jouent pendant deux ans. Avec Monsieur chasse de Feydeau, ils se lancent dans le vaudeville classique.
Ce qui leur réussit moins bien. Mais ils retrouvent leur univers
et leur verve dans Déviation obligatoire pièce écrite à deux.
Séparément, Régis Laspalès a joué Landru de Laurent Ruquier
et Philippe Chevallier Ce soir ou jamais de Bruno Chapelle
et Philippe Hodara.
CRITIQUE.
Si l’idée de départ n’est pas très originale, elle est dans un premier temps efficace. Elle permet au duo de comédiens de s’en donner à coeur joie. Les dialogues sont savoureux et chacun s’en empare pour en tirer toutes les saveurs. Il y a sous lesmots une certaine ironie, teintée d’une méchanceté que l’on sent prête à éclater.Mais hélas, la pièce s’arrête
là. Très vite l’affrontement entre les deux pianistes devient répétitif et l’action fait du surplace. Pire, il y a unmoment où l’on se prend à bâiller. L’intérêt s’est évaporé dans les cimes
des Alpages qui servent de décor. Dommage, parce que Chevallier et Laspalès fontmerveille dans leur affrontement. L’un, Laspalès, avec ses grosses chaussures de marche et ses bonnets jacquard, faussement bonhomme, l’autre plus distant,
méprisant presque. Et il y a leur voix. Une vraiemusique. Chaque intonation donne une intensité presque irréelle auxmots. Plus particulièrement avec Laspalès. Son jeu, son personnage en deviennent surréalistes. Mais la partition est faible.
Théâtre Montparnasse,
31, rue de la Gaîté (XIVe).
Tél. : 01 43 22 77 74.
Horaires : du mardi au vendredi
à 20 h 30, samedi à 18 heures
et 20 h 30. Durée : 1 h 30.
Jusqu’au 31 mai. Places : 10 à 48 €.
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