John Neumeier
« Créer est un sacerdoce »

PROPOS RECUEILLIS PAR ARIANE BAVELIER
Paris a découvert John Neumeier voilà trente-cinq ans. Le chorégraphe américain venait de prendre la direction du Ballet de Hambourg qu’il occupe encore aujourd’hui. Il présentait la IIIe de Mahler, son premier ballet symphonique qui entrera la saison prochaine au répertoire de l’Opéra de Paris. Depuis, il a écrit des ballets narratifs, dont Mort à Venise, créé en 2003 et présenté aujourd’hui dans le cadre du Festival de danse du Châtelet.
Comment ce roman de Thomas Mann est-il entré dans votre vie ?
Je l’ai lu à 15 ans et me suis aussitôt senti fasciné par le niveau
mythologique et métaphysique de cette pièce. J’ai longtemps voulu en faire un ballet mais j’attendais de me sentir assez fort pour échapper au filmde Visconti, au roman deMann
et à la musique deMahler.Mon ballet devait se tenir par lui-même.
Que vous inspire Mort à Venise ?
Le livre est dur, beaucoup plus que le film où tout est beau. Il parle de cette fatalité inhérente à la vocation de créateur : créer est un sacerdoce dévorant. On fait vivre des personnages, mais en travaillant, en s’enfermant dans l’art, on perd le contact avec la vie et votre oeuvre se dessèche. C’est cela le drame de Mort à Venise. Tadzio rappelle Aschenbach à la vie, à l’amour. Aschenbach choisit ce versant-là, mais l’amour le mène à la mort.
Comment le racontez-vous ?
Mon ballet dit l’histoire d’un chorégraphe qui se perd dans les arcanes d’un ballet abstrait impossible à créer. C’est le côté
apollinien pour lequel j’utilise L’Offrande musicale de Bach.
Pour l’appel dionysiaque à la vie, c’est Wagner. Savez-vous
que son autobiographie a été publiée en 1911, avec un grand
retentissement, la même année que le roman de Thomas Mann ?
Est-ce la présence de certains danseurs dans votre compagnie en 2003 qui a provoqué cette création ?
Oui, Lloyd Riggins pour Aschenbach dont le cheminement personnel m’a donné l’inspiration de commencer l’écriture de ce ballet. Cette année-là, entrait aussi dans la compagnie Edwin Revatsov, un tout jeune danseur arrivé de l’école, le Tadzio idéal. Le dialogue de création était mûr : je crée des mouvements, en transpirant beaucoup, les danseurs me servent de miroir. Et le ballet naît ainsi pas à pas.
Comme créateur, êtes-vous familier du drame d’Aschenbach ?
Oui, heureusement mes danseurs me rappellent sans cesse que l’inspiration juste est celle qui touche la vie et est touchée par elle. Je m’efforce, dans la création, de faire primer l’honnêteté de l’émotion.
À Paris, le ballet de l’Opéra reprend au printemps
votre Dame aux camélias. Qu’allez-vous créer pour vos danseurs de Hambourg ?
Une soirée Richard Strauss avec une création et une nouvelle
version de La Légende de Joseph.
Théâtre du Châtelet,
place du Châtelet, (IVe).
Dates : les 16, 17, 18, 19 et 20 avril.
Tél. : 01 40 28 28 40.
Places : de 10 à 80 €, réduction
de 15 % pour les places prises
pour au minimum deux ballets
du Festival de danse du Châtelet.
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