Danse
Variations classiques

ARIANE BAVELIER
Qu'ont en commun Petipa, Balanchine et Forsythe ? En les juxtaposant dans un seul programme, le Ballet de l'Opéra s'interroge sur la danse classique. Démonstration des fondamentaux du classique, avec des extraits de Raymonda (1898), remonté par Noureïev en 1983 dans la fidélité à Petipa. Et exemples des libertés qu'elle permet avec Les Quatre Tempéraments de Balanchine (1948), et Artifact suite (1984) de Forsythe. Au passage, le Ballet de l'Opéra souligne la pérennité de ce qui le façonne : non, la danse classique n'appelle pas forcément un univers jauni de tutus, diadèmes et princesses. Le classique, Forsythe l'a dit et prouvé, sied à l'avant-garde : « Le vocabulaire n'est pas, ne sera jamais vieux. C'est l'écriture qui date. Je dispose d'un alphabet que je peux aussi bien utiliser pour écrire des histoires d'aujourd'hui. » Ce que le Ballet de l'Opéra offre avec ce programme, c'est un festival de lignes et de pas, jaillissement d'architectures éphémères qui flirtent avec l'extrême. Au commencement est Petipa. Son idéal : la sophistication du travail sur pointes pour les filles, la petite batterie pour les garçons, mais avec un harmonieux sens de la mesure. Noureïev renforce la difficulté : les pas sont plus nombreux et plus rapides, les tracés plus complexes, l'élévation plus grande dans les sauts, les développés plus hauts, il y a deux ronds de jambe au lieu d'un seul, mais le danseur reste en équilibre sur son axe. Balanchine sort du moule : élevé au Mariinski, de Saint-Pétersbourg, dans la religion de Petipa, il émigre aux États-Unis. Il met dans son oeuvre tous ses éblouissements d'outre-Atlantique : le jazz, le glamour des femmes, une liberté vorace. Il joue les déhanchements, les décalés, les portés inédits, s'amuse avec insolence en modelant une gymnastique de la séduction qui brise la sacro-sainte verticale, relève les pointes en porte chapeau, jette bras et mains dans des abandons lascifs ou indignés. Tout est possible, pourvu que ce soit dans l'humeur de la musique. « Forsythe, c'est du hard Balanchine », disait Sylvie Guillem. L'enjeu, c'est de danser aux limites : limites de l'équilibre, des positions, de l'extension. Jusqu'à métamorphoser le danseur en une créature surhumaine, lancée tous membres dehors dans un corps-à-corps avec l'espace.
FAUT-IL Y ALLER ?
Évidemment, car les danseurs de l'Opéra devraient donner ici une démonstration magistrale. En outre, « Artifact suite » et « Les Quatre Tempéraments » sont de vrais chefs-d'oeuvre. Et les extraits de « Raymonda » sont les plus beaux de ce ballet-fleuve : entre autres, les variations de Bernard et Béranger et la merveilleuse variation de « Raymonda » au IIIe acte, sans doute la plus belle de toute l'oeuvre de Petipa.
Opéra Bastille : place de la Bastille (XIIe). Jusqu'au 9 mai. Tél. : 0892 89 90 90. Places : 5 à 75 eur .
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