William Christie
A l’abordage de « Zampa »

PROPOS RECUEILLIS PAR THIERRY HILLERITEAU
Depuis que Jérôme Deschamps a pris la barre du Comique, il souffle un vent de surprise et de redécouverte sur la Salle Favart. Démonstration avec le très baroque William Christie,
invité par le nouveau maître des lieux à « ressusciter » un succès romantique en grande partie oublié : l’histoire du pirate Zampa, de Ferdinand Hérold.
Un chef baroque battant pavillon romantique…ne craignez-vous que l’on vous traite de forban ?
Mais je suis très romantique de nature ! Plus sérieusement, Zampa a occupé une place importante dans l’histoire de l’Opéra-Comique (voir encadré). Remonter cet ouvrage, c’est d’abord rendre hommage à une maison que j’affectionne énormément. Et, vous savez, les différences entre un Rameau et une partition écrite soixante ans plus tard ne sont pas si grandes : le répertoire français des Hérold, Halévy etMeyerber pose autant
de problèmes d’interprétation que celui des XVIIe et XVIIIe siècles. Tout reste à faire.
En dehors de l’ouverture, on ne connaît pratiquement pas cette oeuvre. Qu’en attendez-vous ?
D’abord qu’elle donne du plaisir à ceux qui l’écoutent. Ensuite qu’elle permette à ceux qui l’abordent de retrouver un art du chant tel qu’on le pratiquait en France à cette époque. Ce que Gardiner a fait sur le plan instrumental, en quittant son siècle de prédilection pour retrouver le style et les sonorités qui donnent au romantisme son éloquence, je veux le faire sur le plan du lyrique et de l’art vocal, qui est la spécialité des
Arts florissants depuis toujours.
Parlez-nous de l’« équipage ».
On retrouvera notamment Patricia Petibon dans le rôle de Camille que convoite Zampa. Comme tous les autres chanteurs réunis sur ce plateau, elle a le souci d’une interprétation informée historiquement : ce qui implique qu’elle remette en question certains aspects techniques de son art.
Lors de sa première « sortie enmer », Zampa dut affronter les foudres critiques de Berlioz. Que lui répondriez-vous ?
C’est simple, je suis un fan absolu de sa musique mais Berlioz, il faut le dire, était un bonhomme horripilant. Il avait cet esprit très parisien et adorait dire du mal. C’était en fait un jaloux, qui
supportait très mal la concurrence.
Et vous ?
Je trouve au contraire que la concurrence, c’est très sain.
À Paris, il y a beaucoup d’émulation. Cela donne aux gens
intelligents – et ils ne sont jamais trop nombreux – la possibilité
de comparer et d’analyser.Moi, ça me permet de me mesurer
aux autres. J’écoute ce qu’ils font, parfois je me dis : « ça, c’est pas mal »…souvent : « ça, je ne l’aurais jamais fait comme ça ». <
Opéra-Comique : 1, place Boieldieu
(IIe). Tél. : 08 25 01 01 23. Dates :
les 10, 12, 14, 17, 19 et 21 mars
à 20 heures. Places : de 6 à 95 €.
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