Accueil - Semaine du 27 février 2008
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LDD
Théâtre de la Ville
L’«Eldorado» de Preljocaj

ARIANE BAVELIER


« Chaque fois que je fais une création, je me demande quel chemin choisir pour éviter de creuser ma propre ornière », dit Angelin Preljocaj. Le chorégraphe explique ainsi son grand écart entre Blanche-Neige, féerie mystérieuse inspirée de Grimm et Bettelheim, et sans doute costumée par Jean Paul Gaultier, écrite sur une musique de Mahler, sa prochaine création, et Eldorado, celle de 2007. Il présente ce ballet composé sur Sonntags Abschied de Stockhausen au Théâtre de la Ville, dans un programme qui réunit aussi Annonciation, duo mystique pour femmes, et Centaures, duo physique pour deux garçons sur un quatuor de Ligeti. « Stockhausen savait que j’avais déjà chorégraphié une de ses musiques, Helikopter, car je lui en avais demandé l’autorisation. Trois ans après, il m’a envoyé un mail pour me convier chez lui et là il m’a fait entendre Sonntags Abschied, Les adieux du dimanche, morceau final d’un grand cycle mettant en musique chaque jour de la semaine. » Le chorégraphe dit y avoir entendu des accents religieux, comme un chant cosmique qui lui a inspiré un rituel. Sur la scène, il dessine un cercle de stèles d’où les danseurs s’échappent. Leur danse, très sensuelle, suscite le paradis perdu, celui d’avant la chute et interroge sur le péché. Elle interroge aussi sur la gémellité, le clonage et l’absence d’individualité qui guette ces corps d’ange, tous semblables, sensuels, avides, sculptés par la danse et uniformément vêtus de blanc. « La musique de Stockhausen est passionnante à chorégraphier. Elle ouvre un espace physique et mental, et n’impose rien. Il faut juste humblement se hisser à sa hauteur, pour dialoguer sans être écrasé », dit Preljocaj. Sur le DVD édité par MK2 et Arte, et magistralement réalisé par Olivier Assayas quelque temps après la mort de Stockhausen, le compositeur livre les arcanes de sa partition, confesse son bonheur devant le ballet qu’il considère comme une parfaite réussite. Quant au chorégraphe, il montre dans une séquence passionnante une séance de création en direct : vêtu d’un pantalon de jogging bleu électrique, seul devant le miroir avec, derrière lui, la cohorte appliquée de ses danseurs, il dit, dans une concentration extrême, les gestes à mesure qu’ils lui sortent du corps, comme si, à lui secrètement relié à la musique, elle inspirait pas et reptations.

FAUT-IL Y ALLER ? Oui, même si l’on n’est pas fan de Stockhausen ou de Preljocaj. Le compositeur en effet accordait une extrême importance à la danse, au point d’avoir longtemps eu dans son orchestre une danseuse qu’il désignait comme un instrument de l’orchestre. Et il n’est pas anodin qu’il ait voulu faire chorégraphier le dernier volet de son ultime oeuvre. De son côté, Preljocaj, avec sa gestuelle vigoureuse, taillée à la serpe, est un des chorégraphes aujourd’hui les plus engagés dans l’écriture. D’où la vitalité de son oeuvre dans le répertoire du ballet de l’Opéra qui reprendra l’an prochain Le Parc et Mc14/22 avant de recevoir l’année suivante une nouvelle création.

Théâtre de la Ville, 2, place du Châtelet, (VIe). Tél. : 01 42 74 22 77.Jusqu’au 8 mars, à 20 h 30. Places : de 13,50 € à 26 €.

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