Deux programmes à l’affiche
Le testament de Béjart

ARIANE BAVELIER
Pas facile de succéder à Maurice Béjart à la tête de sa
compagnie !Même si elle a porté plusieurs noms, des Ballets de
l’Étoile au Béjart Ballet Lausanne, en passant par le Ballet du
XXe siècle,Maurice Béjart en soixante ans de carrière n’avait
jamais quitté ni ses studios ni ses danseurs. Gil Roman endosse cette lourde charge. C’est lui qui dirige désormais le Béjart Ballet de Lausanne, et le conduit à Paris, avec deux programmes : le premier consacré à Stravinsky (Igor et nous,
L’Oiseau de feu et Le Sacre du printemps), l’autre présentant
Le Tour dumonde, ultime création du maître. Danseur au magnétisme nocturne, entré dans la compagnie en 1979,
Gil Roman était, depuis 1993, directeur adjoint du BBL.
«Mauricem’a préparé. J’ai mené des répétitions avec lui, sans lui, devant lui. Et puis les 33 danseurs de la compagnie ont tous travaillé avecMaurice, ce qui facilite aussi les choses », dit Gil Roman. La difficulté est de respecter l’esprit de l’oeuvre.
Exigence d’autant plus périlleuse que la danse est un art fragile : écrite dans l’espace avec des corps changeants. Autant dire, écrite sur le vent. Et Béjart chérissait cela : il
disait que la danse devait rester la fleur de l’instant et que
« la chorégraphie comme l’amour, se fait à deux ». « Il faut laisser la danse respirer, vivre à travers l’interprète. Libérer le danseur à travers la chorégraphie, sentir jusqu’où il peut se l’approprier. Jamais deux interprètes n’ont dansé de manière semblable Le Boléro », dit Gil Roman. « Il faut aussi savoir
faire la part entre les interprètes à la technique pure, et ceux
davantage charismatiques, pour lesquelsMaurice a toujours créé. »
La dernière création
« Le Tour du monde en 80 minutes est une création que Maurice a voulue. Il a commencé à l’écrire, puis la mort l’a interrompu », dit Gil Roman. « Mais nous nous étions mis
d’accord sur son déroulement. Le ballet met en scène un personnage qui voyage : départ au Sénégal, Sahara, Égypte, Grèce, Italie, Vienne, Inde, Chine… » Un tour du monde
sur les traces de Béjart, inspiré tour à tour par ces divers pays, sur des musiques du monde. « Un voyage plein de jeunesse et d’énergie, qui échappe à la nostalgie et se veut
davantage qu’un simple collage chorégraphique », dit Gil Roman.
FAUT-IL Y ALLER ?
Avec l’émotion que suscite un baptême. Sous la houlette
de Gil Roman, la compagnie commence une nouvelle vie, toujours dans la ville de Lausanne qui s’est engagée à soutenir le BBl pour trois ans renouvelables. Instrument d’un créateur, elle doit rester, juge Gil Roman, confrontée à des créateurs. « Sans chausser les pantoufles du géant Béjart », il compte signer des pièces lui-même et inviter les danseurs de Lausanne
à passer à la chorégraphie. « Pour donner forme à ce que Béjart leur a transmis », dit-il. En outre, les programmes du Palais des sports sont au plus haut niveau. Des classiques
avec Stravinsky et Le Sacre du printemps qui reste une bombe
chorégraphique. Quant au Tour dumonde en quatre-vingtsminutes, il présage du meilleur.
Palais des sports : Porte de Versailles
(XVe). Tél. : 0825 038 039.
Prog. Stravinsky du 30 janvier
au 2 février à 20 h 30 et le 3
à 16 h 30. Tour du monde
du 7 au 9 fév. à 20 h 30, matinées
le 9 à 15 h 30 et le 10 à 16 h 30.
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