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| Mise en scène moderne pour un théâtre musical délicieusement années 1920.
Elisabeth de Sauverzac |
Les Brigands
Gentlemen cambrioleurs

THIERRY HILLERITEAU
«Moi qui n’avais jamais eu peur d’Arsène Lupin, me voilà tout tremblant devant lui .» Voilà qui résume bien l’esprit
facétieux du compositeur Marcel Lattès, père de l’Arsène Lupin banquier ressuscité ce mois-ci par la compagnie des Brigands. Si son nom semble aujourd’hui oublié du grand public, Lattès n’en fut pas moins l’une des figures les plus singulières du théâtre musical des années 1920 et 1930. Il y a d’abord son goût de l’insolite, manifesté dès sa première incursion dans le genre –en 1922 –, avec Monsieur L’Amour : une « opérette d’anticipation » dont l’intrigue se situait dans les années 1970.
Il y a aussi son langage musical unique, subtil mélange d’influences rythmiques et mélodiques allant du parisianisme
d’un Maurice Yvain au jazz américain, en passant par Reynaldo Hahn. Deux éléments que l’on retrouve bien sûr chez Arsène. Créée aux Bouffes Parisiens en 1930, l’opérette policière fit alors l’effet d’une bombe réunissant sur scène deux immenses personnalités : René Koval (dans le rôle-titre) et un Jean Gabin
débutant (en Gontran). Soixante-quinze ans après, on redécouvre ce bijou de modernité et d’originalité avec le même
plaisir teinté de piquante curiosité.
INTERVIEW : Christophe Grapperon: « Une oeuvre cocktail »
Le chef de choeur des Musiciens du Louvre fait partie de la troupe des Brigands. On le retrouve ici à la baguette, pour assurer la direction musicale de cet « Arsène Lupin Banquier ».
Qu’est-ce qui vous a séduit chez cet Arsène Lupin ?
Son côté insolite. Cette intrigue policière est très en dehors des sentiers habituels du théâtre musical. Ensuite, au fil des
lectures, il est très vite apparu que l’oeuvre comportait les ressorts nécessaires pour qu’il s’y passe toujours quelque
chose.
Comment vous êtes-vous réparti les rôles?
Dans l’opérette, ce qui fait la richesse d’une distribution, c’est la mesure avec laquelle on pondère le côté théâtral et le côté musical. Par exemple, le rôle de Francine nous est tout de suite apparu comme un rôle de chanteuse : c’est un peu la caution musicale de l’ouvrage. Pour Arsène ou Gontran,
c’était plutôt 50-50, car il s’agissait de reprendre les rôles de deux immenses comédiens : René Koval et Jean Gabin.
Le langage de Lattès est singulier. Cela a-t-il posé problème pour l’orchestre ?
Oui et non. Le côtémétis, cocktail de cette musique, est du pain béni pour les interprètes. On y retrouve des accents jazzy,
mais aussi de fortes filiations françaises : Reynaldo Hahn et Debussy. Ce qui a posé des difficultés, c’est l’orchestration. Nous ne disposions que de la partition chantpiano et des parties séparées de l’orchestre de 1930, qui comptait trente musiciens. Les ayants droit voulaient que notre orchestration soit aussi proche que possible de l’originale, mais nous ne pouvions tourner avec plus de douze instruments. Il a donc fallu trouver un compromis : nous avons conservé les parties de cordes originales qui donnent à l’oeuvre son climat
vintage.
(PROPOS RECUEILLIS PAR T. H.)
FAUT-IL Y ALLER ?
Après Ta bouche et Toi c’est moi, c’était un pari risqué pour la compagnie que de clore sa trilogie, vouée au parolier Willemetz, avec une oeuvre aussi méconnue du grand public. Pari plus que réussi : on se laisse totalement envoûter par le climat merveilleusement «années 1920» de l’orchestre dirigé par Christophe Grapperon. La force théâtrale des personnages
est, elle aussi, assez déroutante. On y retrouve un Gilles Bugeaud impressionnant d’abattage en Arsène – même s’il semble manquer parfois un peu de projection. Flannan Obé, qui succède à Jean Gabin, est tout bonnement irrésistible. Et
l’on saluera aussi la performance des nouveaux venus : Thomas Gornet (Claude), comique en diable et Laeticia Giuffredi (Francine), dont on admire la belle musicalité.
Théâtre de l’Athénée : square de l’Opéra
Louis-Jouvet (IXe)
Dates : 21 décembre au 13 janvier
Location : 01 53 05 19 19
Places : 8,5 à 36 €
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