|
|
|
Sébastien Soriano/ Le Figaro |
« L'Étoile »
Gardiner et les fantômes du Comique

THIERRY HILLERITEAU
C'est l'événement lyrique de cette fin d'année : la réouverture de l'Opéra-Comique sur un chef-d'oeuvre du genre, L'Étoile d'Emmanuel Chabrier. Pour faire briller ce bijou finement ciselé du répertoire français, il fallait un orfèvre. Sir John Eliot Gardiner, fervent défenseur de l'interprétation sur instruments d'époque, a donc accepté de remettre l'ouvrage
sur le métier, pour la troisième fois. « C'est une oeuvre qui exerce sur moi une grande attraction. Tout y est merveilleusement calculé : Chabrier était un maître de l'art de l'instrumentation. Des compositeurs comme Debussy ou Ravel ont beaucoup appris de sa manière de rendre si lumineuses les couleurs de l'orchestre ». Une lumière à laquelle le chef espère rendre son éclat d'origine. Pour ce faire, il convoque ses propres outils : l'extrême précision du Monteverdi Choir et la fascinante pâte sonore de son Orchestre romantique
et révolutionnaire. « Chabrier a beau appartenir au genre de l'opéra comique, ce n'est pas une musique à prendre à la légère. Nous avons énormément travaillé sur le détail. Pour le choeur, il ne suffit pas d'être juste et de prononcer correctement. Il faut savourer chaque accent, faux accent ou jeu de mots du livret. De même, l'orchestre doit chercher à imiter
les timbres, sonorités et intonations naturelles du français de l'époque. C'est un challenge que nous sommes
très fiers de relever ».
FAUT-IL Y ALLER ?
Sans attendre, car tous les éléments sont réunis pour que cette version de L'Étoile fasse date. Il y a d'abord la mise en scène « très respectueuse » de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff ; la distribution, majoritairement française et strictement francophone - où brille en Lazuli l'émouvante Stéphanie d'Oustrac ; sans oublier la magie du lieu, à laquelle Gardiner n'est pas insensible : « Même si ce n'est pas le berceau originel de l'Étoile créée aux Bouffes du Nord, l'oeuvre y trouve son habitat naturel. Le Comique est en outre un lieu peuplé de fantômes, à l'image d'un Reynaldo Hahn, ou de Messager qui dut revenir spécialement de Londres pour y diriger la première de Pelléas ... comme moi aujourd'hui ».
Opéra-Comique : place Boieldieu (IIe)
Dates : 13 au 23 décembre
Location : 0 825 01 01 23
Places : 6 à 95 eur
|