« Tannhäuser »
Le combat wagnérien de Carsen

PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUELINE THUILLEUX
S’il est un metteur en scène habitué de l’Opéra de Paris, c’est bien le Canadien Robert Carsen. Ce Tannhäuser qu’il y répète tout en courant vers le Palais Garnier où l’on reprend aussi son
Alcina, est sa dixième collaboration ici. Après un Lohengrin très discuté en 1996, et repris en 2007, c’est encore le choc wagnérien.
Est-ce votre premier Tannhäuser?
Oui, et je suis content de ne pas l’avoir abordé plus tôt, car le thème en est très complexe : Wagner y projette sa perception
de l’art total et libre qu’il était en train d’inventer. Il y expose le rapport de l’artiste à l’art et à son public, sa solitude et sa
double angoisse d’être à la fois incompris et livré à ses démons.
Comment ressentez-vous le quatuor formé par les personnages?
Ce sont des forces qui s’opposent et se complètent avec plus de subtilité qu’une vision manichéenne peut le faire croire :
irrationnelle, érotique, Vénus est une pulsion positive qui nourrit l’inspiration du héros. Et cette flamme qui brûle en lui, celle de l’inspiration, contraste avec l’équilibre apollinien d’Élizabeth. Mais elle est aussi une passionnée qui représente un extrême féminin. Quant à Wolfram, qui prône une expression contrôlée, Tannhäuser a besoin de lui.
Comment visualisez-vous l’histoire?
Sûrement pas au XIVe siècle! Je travaille toujours sur le sens d’un ouvrage avant de le situer. Car l’histoire que raconte un opéra au premier degré ne traduit pas forcément son sens. La difficulté vient ici de l’opposition entre le registre intime du
drame de Tannhäuser et lemonde exacerbé du Vénusberg.
Aviez-vous déjà collaboré avec Seiji Ozawa?
C’est une vieille complicité, car nous avons déjà beaucoup travaillé ensemble, pour Jenufa, Katia Kabanova, Elektra. Et
pour ce Tannhäuser, qui est une coproduction avec le Tokyo Opera Nomori. C’est lui qui conduisait les premiers concerts de mon enfance, à Toronto, où il dirigeait l’orchestre symphonique. Lamusique semble le traverser, c’est fascinant.
Quant aux interprètes, ils sont fabuleux, d’Eva-Maria Westbroek à Béatrice Uria- Monzon, sans parler de Mathias Goerne, mais aussi le somptueux Stephen Gould, qui chante Siegfried et Tannhäuser à Bayreuth.
Opéra Bastille : place de la Bastille (XIIe)
Date : 6 au 30 décembre à 19 heures
Location : 08 92 89 90 90
Places : 5 à 150 €
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