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| Aurélie Dupont (Juliette) et Hervé Moreau (Roméo), un duo « ni grotesque ni mièvre».
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Sasha Waltz
« J’aime ce qui est viscéral »

PROPOS RECUEILLIS PAR ARIANE BAVELIER (mercredi 3 octobre 2007)
C’est l’événement de la rentrée ! Sasha Waltz chorégraphie Roméo et Juliette de Berlioz, oratorio dirigé par Valery
Gergiev et Vello Pahn en alternance, avec sur scène 78 chanteurs et 27 danseurs. Dans le registre de l’opéra, elle a déjà réglé Didon et Enée de Purcell et Médée de Dusapin.
Elle signe là sa première aventure du côté de l’opéra romantique.
Comment avez-vous décidé de lire Roméo et Juliette ?
J’ai voulu rendre les émotions sans raconter littéralement l’histoire : l’amour à mort, le sacrifice, l’innocence gâchée par la guerre entre les deux familles puis, à la fin, la réconciliation menée par frère Laurent. Je n’ai pas voulu non plus situer ce Roméo dans une époque précise : l’amour plus fort que la
guerre, c’est universel. Berlioz m’a aidée : il expose l’histoire dans le prologue puis la symphonie la fait éclater en
fragments. Ce côté fragmentaire permet d’évoquer les émotions de la manière la plus ouverte.
Le romantisme de Berlioz n’est-il pas encombrant pour la chorégraphe contemporaine que vous êtes ?
L’idée de se laisser submerger par les sentiments me plaît. J’aime les choses viscérales. Et il y a dans le romantisme des notions très intéressantes : la solitude, la proximité entre le rêve et la mort, le côté nocturne. Le duo de Roméo et Juliette
est romantique mais ni kitsch, ni mièvre. C’est le pathétique qui me gêne, par exemple au moment de la réconciliation
des familles. Dans ce moment-là, j’ai joué l’abstraction dans la chorégraphie pour rétablir un équilibre avec la musique.
D’une manière générale, même si j’ai travaillé à partir de la partition de Berlioz, je ne suis pas la musique, je dialogue
avec elle.
Dans votre travail, les images sont fondamentales.
Lesquelles Roméo et Juliette vous ont-ils suggéré ?
C’est par là que j’ai commencé le travail sur la pièce il y a un an : deux plans perpendiculaires, immenses surfaces qui
s’ouvrent et se déplient à la manière d’un coquillage, à mesure que le drame se resserre. Ils peuvent figurer le balcon, les
tombes…
D’habitude vous travaillez sur vos danseurs, à l’exception d’une création pour les danseurs du Ballet de Lyon. La virtuosité particulière des danseurs de l’Opéra vous a-t-elle inspiré ?
Pour moi, avant d’être des étoiles, ce sont d’abord des êtres humains : j’ai essayé de suivre leur caractère. J’ai donc créé les
rôles principaux sur les solistes : Aurélie Dupont (Juliette), Hervé Moreau (Roméo) et Wilfried Romoli (frère Laurent).
Parfois, j’ai intégré un saut particulier à leur gestuelle mais à très petite dose. Pour le corps de ballet, j’avais déjà créé
certains passages avec mes danseurs que j’ai complétés en arrivant à l’Opéra. Le corps de ballet a diverses fonctions : il
incarne les familles, l’amour lui-même, une sorte d’écho à l’action.
100 personnes sur scène, c’est beaucoup…
C’est le miracle auquel tient la réussite du spectacle : faire en sorte que tout le monde soit impliqué et pas seulement
les trois personnages principaux.
Opéra Bastille : place de la Bastille (XIIe)
Dates : 5 au 20 octobre
Location : 0 892 89 90 90
Places : 5 à 130 €
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