«Le Temps des Gitans»
Un joyeux désordre

Yves Bourgade (mercredi 4 juillet 2007)
On reproche souvent aux maisons d’opéra de trop se limiter aux seules œuvres du passé. On se félicitera donc que la première scène lyrique française ait commandé à Emir Kusturica, et avec de gros moyens, un opéra inspiré du Temps des Gitans (prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1989), du cinéaste serbe. La musique de Goran Bregovic a beaucoup compté pour la réussite du film, mais elle n’a pas été reprise à la suite d’une brouille d’Emir Kusturica avec le compositeur. Celle de l’opéra a été composée par trois musiciens du No Smoking Orchestra, tonique groupe de rock tzigane au sein duquel le cinéaste joue régulièrement de la guitare et qui est augmenté du plus classique Garbage Serbian Philharmonia. En revanche, on retrouve le truculent Ahmed, trafiquant qui soustrait le jeune Perhan à sa grand-mère et l’initie à une vie de mafieux loin de sa tendre et chère Azra qui meurt en couches. Il y a aussi la sœur de Perhan, une handicapée confiée à un proxénète.
FAUT-IL Y ALLER ?

Emir Kusturica annonçait un «punk opéra». On se trouve plutôt face à une comédie musicale au joyeux désordre, parfois un tantinet irrévérencieuse (comme cette danse de deux nonnes, un cardinal et un mufti aux rythmes du No Smoking Orchestra). Les chansons en romani, la langue tzigane, se succèdent sans liens parlés entre elles. La monotonie est évitée par la reconstitution colorée sur scène de l’univers tzigane : un bidonville, des caravanes fatiguées, de vraies oies, un jongleur, deux gamins s’essayant au football. Des projections de séquences du film Le Temps des Gitans ponctuent l’intrigue ainsi que des images de Diego Maradona auquel Emir Kusturica vient de consacrer un portrait filmé.
DVD de Le Temps des Gitans, Carlotta Films, ed. Collector. 24,90 €.
Opéra Bastille : place de la Bastille (IIe)Dates : jusqu’au 15 juilletLocation : 0 892 89 90 90Places : 5 à 75 €
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