« Un bal masqué »
Semyon Bychkov dirige Verdi

PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUELINE THUILLEUX (mercredi 30 mai 2007)
Pour cet opéra créé en 1861, l'un des plus populaires de Verdi, l'Opéra Bastille confie sa nouvelle production à un débutant sur son plateau : Semyon Bychkov, le grand chef russe cosmopolite qui dirigea l'Orchestre de Paris de 1989 à 1998. Une nature débordante de générosité, de curiosité, hypersensible et coloré : russe comme on les aime.
On ne vous a guère vu depuis votre départ ?
J'avais trop d'engagements pour accepter d'autres propositions. Car je donne tout à chaque projet. Quand je fais du bateau, je fais du bateau. Et là, je suis avec vous, pas ailleurs. Je ne peux travailler en courant et en téléphonant tout le temps. A Cologne, mon engagement a été récompensé, car l'Orchestre WDR que j'y dirige depuis dix ans m'a plébiscité à la quasi unanimité. Cela m'a bouleversé.
Vous sentez-vous encore russe ?
Pas vraiment, et je n'ai pas plus de tendresse pour la musique russe que pour les autres. Je suis parti à 22 ans, avec 100 dollars et plus de nationalité. J'ai vécu 14 ans aux Etats-Unis, j'en ai obtenu la nationalité, et j'assume fièrement ce passeport. En fait, je suis toujours en train de me demander dans quelle langue je parle: je pense dans celle du dernier rendez-vous et je suis fasciné par le caractère caméléon des acteurs. Tout mon être est là, dans cet amour de l'éphémère.
On se souvient de votre sublime «Salomé» au Châtelet, mais on vous connaît moins dans Verdi.
J'y viens depuis peu. J'ai beaucoup escaladé la montagne Strauss-Wagner ces dernières années, et j'ai eu besoin de me rééquilibrer : j'ai alors osé diriger Bach. Et aujourd'hui je comprends mieux Verdi, les ressorts de sa turbulence impitoyablement cadrée par une prison rythmique. Dans «le Bal masqué,» je sens du champagne empoisonné qui coule, sur le chemin de la « f atalità », cette force du destin qui est l'axe de son oeuvre.
Que pensez-vous du plateau réuni ?
Je suis très touché par la jeunesse et la beauté des voix des chanteurs, comme Marcelo Alvarez, Ludovic Tézier et Angela Brown, et je me réjouis de collaborer avec Gilbert Deflo, un metteur en scène qui semble anormalement respectueux de la partition. Car le seigneur de l'histoire, c'est tout de même Verdi, non ?
Opéra Bastille : Place de la Bastille, (XIIe)
Date : 4 juin au 13 juillet à 19h30, mat. 14h30
Location : 08 92 89 90 90
Places : 5 à 150 €
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