« Da gelo a gelo »
« Donner un visage humain à la musique »

PROPOS RECUEILLIS PAR ARIANE BAVELIER (mercredi 23 mai 2007)
C’est le compositeur Salvatore Sciarrino lui-même qui a voulu confier à Trisha Brown la mise en scène de son opéra Da gelo a gelo, D’un hiver à l’autre. Pas de danseurs mais cinq
chanteurs que la chorégraphe met en scène. Sciarrino et Brown avaient déjà travaillé ensemble sur Luci mie traicitri,
opéra inspiré par la vie de Gesualdo, pour La Monnaie de Bruxelles. Le sujet, cette fois, est le Japon médiéval. Sciarrino a pris pour livret cent scènes et soixante-cinq poèmes du journal d’Izumi Shikibu, poétesse qui écrivit en 1002-1003 des poèmes d’amour au prince Atsumichi. Créé l’an passé, Da
gelo a gelo est repris aujourd’hui dans une production scénique largement complétée.
Comment définiriez-vous la partition de cet opéra que vous avez dû mettre en scène ?
Elle est aussi raffinée que les poèmes qui lui servent de livret. Utilisation singulière du rythme, fragmentation des mots, déformation des voix. Tout cela donne à la musique l’aspect d’un flux, d’autant plus riche que Sciarrino a voulu utiliser la palette la plus vaste : il y introduit des sons très inhabituels tirés de la nature, cris d’oiseaux, bêlements.
Comment avez-vous travaillé sur sa partition ?
Pour moi, la première couche, c’est la musique : elle me donne la structure de mon travail. Ensuite, j’ajoute des couches les unes sur les autres en développant un vocabulaire qui a trait à l’action, aux relations, à l’espace. C’est comme une bibliothèque dans laquelle je puise pour essayer de donner un visage humain à des éléments aussi abstraits.
Vous êtes chorégraphe. Comment travailler avec des chanteurs ?
Sciarrino est un des compositeurs les plus difficiles à chanter. Je savais qu’ilme faudrait composer avec cela. Avant même qu’ils aient la partition, j’ai fait venir les chanteurs à Bruxelles pour un en traînement technique et physique basique:
s’asseoir, s’allonger, se lever, rouler au sol… Mais je me suis aussi largement imprégnée des mouvements qu’ils exécutaient naturellement pendant les séances de travail avec le chef d’orchestre: la chanteuse était tellement tendue que tout son corps dansait. Ensuite, ilm’a fallu la convaincre de les reproduire pour le spectacle.
Sciarrino avait-il ses idées sur la mise en scène ?
Oh oui ! Très belles, comme par exemple l’idée que la poétesse et le prince devaient apparaître dans des boîtes contiguës, avec juste un corridor s’ouvrant entre elles. Quand le prince chante, il est dans l’ombre et la poétesse dans la lumière, et réciproquement lorsque c’est elle qui chante. J’ai réussi à négocier une diagonale, et un peu de lumière sur les corps. Un chorégraphe a besoin d’espace.
Palais Garnier : place de l’Opéra (IIe)
Dates : jusqu’au 10 juin
Loc. : 0 892 89 90 90
Places : 7 à 130 €
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