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« Era la notte »
Anna Caterina Antonacci chante la douleur

PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUELINE THUILLEUX (mercredi 2 mai 2007)


Imaginez une forêt de cierges allumés, devant lequel va et vient une belle éplorée, dans sa robe de princesse baroque signée Christian Lacroix. Pour la soutenir, Julien Chauvin à la tête du Cercle de l'Harmonie. Era la notte, scénographie qui enchaîne des lamenti de compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles, Monteverdi, Barbara Strozzi, et Giramo, a été imaginée par Juliette Deschamps pour Anna Caterina Antonacci, diva à part. Les Français sont tombés amoureux d'elle dans le Couronnement de Poppée de Monteverdi et ont admiré la poésie avec laquelle elle détaillait les Nuits d'été de Berlioz. Ils ont aussi aimé sa plainte et sa fureur dans La Juive à Bastille. Une voix de soprano ambrée, à l'odeur de passion et de drame, une présence violente, irrésistible. À la ville, c'est une femme douce et réfléchie. En fait, une Italienne complète, éduquée dans le sérail musical de Bologne et Milan.

Vous qui êtes une héroïne méditerranéenne, croyez-vous au destin ?

Oui, et je peux lancer des imprécations souterraines à l'égard de ce que je n'aime pas. Ce ne sont pas tout à fait des « maledizioni », tout de même. En fait, moi qui suis plutôt mélancolique et discrète, j'aime le plaisir d'exagérer, d'en faire trop : c'est la griserie de la scène. Et lorsqu'en répétition, la salle est vide, je me sens mal à l'aise. J'ai besoin de la réponse et du regard du public.

Vous chantez admirablement le français, mais l'allemand ?

Je n'aime pas cette langue, je ne la sens pas. Quant au français, je l'adore, et depuis trois ans, j'habite Paris, où j'élève mon petit garçon. Pour l'italien, je retrouve mes origines, non seulement sur le plan musical, mais aussi parce que enfant, j'ai beaucoup entendu ma grand-mère se lancer dans des tirades furieuses, déroulées comme de grands airs à rebondissements. Ce type de femme qui aime faire des drames, m'est resté dans mon rapport à mes personnages.

Comment est né ce spectacle ?

J'avais chanté plusieurs fois ce programme et je l'ai enregistré pour Naïve, car Monteverdi est ma passion de toujours. Mais il me manquait la scène pour faire vivre ces déplorations. Juliette Deschamps m'a donc créé ce cadre où l'eau qui borde le plateau et le feu des bougies se répondent avec des reflets, de façon symbolique. Et pour le Combattimento di Tancredi et Clorinda, qui clôt le spectacle, juste une armure posée par terre.

D'où vous vient votre maîtrise si particulière des gestes ?

J'ai fait simplement de la gymnastique, car j'aime être en harmonie avec mon corps. Et je suis très malléable, je me laisse guider par le metteur en scène. Mais j'ai besoin que le costume soit en adéquation avec ce que je ressens. Lorsque je vais danser sur les rythmes sud-américains que j'aime tant, je mets les talons qu'il faut.

Tout le monde vous rêve en Tosca, la chanterez-vous un jour ?

Cela me tente bien sûr, à condition qu'on me présente un projet qui me donne l'impulsion. J'ai surtout l'intention de chanter davantage Verdi, notamment La Force du destin et Le Bal masqué. J'adore aussi Carmen, mais si je ne devais garder qu'un rôle, ce serait Medea, de Cherubini. Et un musicien, Bach.

TCE : 15, avenue Montaigne (VIIIe) Dates : 2, 4 et 5 à 20 h Location : 01 49 52 50 50 Places : 5 à 105 €

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