Accueil - Semaine du 25 avril 2007
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Alain Aubert/ Le Figaro
«L’Affaire Makropoulos»
Le seul opéra dada

JACQUELINE THUILLEUX (mercredi 25 avril 2007)


Une bien drôle d’affaire que Vec Makropulos, avant-dernier opéra de Janacek, et à ce titre à peu près débarrassé des relents romantiques. On a depuis plusieurs années dépassé la crainte qu’inspirait sa prosodie si intimement tissée dans sa musique qu’on pensait que seuls les Tchèques pouvaient en percevoir l’intérêt. Jenufa, Katia Kabanova, abordables avec leurs grands drames humains, ont envahi les scènes. Puis la Petite Renarde rusée. Et voici aujourd’hui ce chef-d’oeuvre, pur et dur, avec une palette sonore qui racle, des rythmes stressants, presque suffocants dans leur précipitation : le tout au service d’une histoire folle, qui en fait probablement le seul opéra dada de l’histoire lyrique. Surprenant chez le naturaliste Janacek, peu sophistiqué dans des choix qu’il voulait issus de la terre. La diva Makropoulos a plus de 300ans, approche de son terme et cherche désespérément à récupérer la formule magique qui lui a donné cette longévité. Elle la trouvera, et la brûlera, au bout d’une route d’angoisses et d’un procès kafkaïen. À la clef : la vieille maxime philosophique qui dit que la vie n’a de prix qu’à cause de la mort.

INTERVIEW de Krysztof Warlikowski : « Un opéra sur la tragédie de l'artiste »

Warlikowski, 45 ans, est polonais en diable : mystique, brûlant, sacrifié, affûté. Paris où il est venu à 20 ans suivre des études de théâtre et assister Peter Brook lui a « donné le baptême dans son chemin vers l'art ». Metteur en scène en vue, il présentera son « Angels in America » cet été en Avignon. Avec « Iphigénie en Tauride » l'an passé, il a commencé un compagnonnage à l'Opéra de Paris qui se poursuit avec « L'Affaire Makropoulos » cette semaine, en attendant « Parsifal » la saison prochaine, puis « Le Roi Roger ».

Capek, auteur de « L'Affaire Makropoulos » avait fait de l'histoire d'Emilia Marty, diva de 337 ans prête à tout pour retrouver l'élixir de longue vie, une comédie de science fiction. Janacek l'a transformée en tragédie. Et vous ?

Je retiens ce qui me touche : c'est un opéra sur la tragédie de l'artiste telle qu'incarnée par la Callas, Marylin Monroe ou n'importe quelle rock star d'aujourd'hui. On naît dans un trou, on mène une lutte définitive contre le monde parce qu'on se sent différent puis, au moment où « on devient quelqu'un », la vieillesse débute : on ne se révolte plus, on sombre dans les drogues, les médicaments, le suicide parce qu'on n'a pas la capacité de résistance face à la célébrité.

Pourquoi avoir transposé cette histoire du côté d'Hollywood ?

La musique de Janacek emprunte beaucoup au mouvement cinématographique qui l'impressionnait. En outre, il y a un malentendu avec l'univers de l'opéra confisqué par un petit cercle. Plus que la diva, c'est la star hollywoodienne qui symbolise pour le grand public la tragédie d'Emilia Marty. Or comme l'a exprimé Verdi, l'opéra est destiné aux masses. Il doit se libérer de l'abus qu'a exercé sur lui la bourgeoisie du XIXe alors que les compositeurs brûlaient du désir d'une oeuvre totale. Le chemin parcouru dans le théâtre grâce à Stanislavski, Brecht ou Brook qui ont brisé les conventions, reste en partie à accomplir à l'opéra.

Pour un metteur en scène de théâtre, quelles sont les difficultés du travail sur l'opéra ?

C'est d'arriver à dire quelque chose de personnel alors que le résultat dépend d'une alchimie entre des centaines de personnes, musiciens, chanteurs, techniciens... En outre, les chanteurs sont falsifiés depuis leurs débuts : on les éduque comme s'il leur suffisait de bien chanter ! Où est l'âme, où est le respect, où est le côté humain dans tout cela ? A l'opéra, on préfère une mise en espace, simple assemblage d'éléments, à un quête qui permette à chacun de dire en quoi cette histoire le touche. Emilia Marty le vit : l'art coûte, fait saigner, vomir, mourir et comme metteur en scène, je pousse chacun des chanteurs à s'interroger là dessus au plus profond. Et puis il y a la musique : l'élément sauvage dont la force casse les digues et submerge si on est prêt à accepter le choc.

Le public parisien se laisse-t-il faire ?

En Allemagne, le public attend quelque chose de logique, en Pologne, il vient comme à la messe, cherchant une échappée mystique. J'aime le public français : il est rêveur.
(Propos recueillis par Ariane Bavelier)

FAUT-IL Y ALLER ? Certes, car cette oeuvre très originale fait ici son entrée à l’Opéra de Paris. Si le chef Tomas Hanus est inconnu dans cette fosse, en revanche le beau plateau réuni y est habitué, même si, pour la plupart des chanteurs, L’Affaire Makropoulos permet une prise de rôle, de la superbe Angela Denoke à CharlesWorkman et Vincent Le Texier, toujours parfaits.

Opéra Bastille : place de la Bastille (XIIe) Dates : 27 avril au 18 mai à 20 heures Loc. : 08 92 89 90 90 Places : 5 à 130 €

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