« Louise »
Enfin à l’Opéra de Paris!

YVES BOURGADE (mercredi 4 avril 2007)
Cent sept ans après sa création, Louise, le « roman musical »
de Gustave Charpentier, fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, alors que les grandes scènes lyriques, duMet
de New York à la Scala deMilan, l’ont programmé dès avant
la Première Guerre mondiale ! À Paris, c’est l’Opéra-Comique
qui en avait la propriété et l’a joué jusqu’en 1967. Depuis cette
date, la capitale n’a pu voir qu’en 1981 au Châtelet et en 2000
au TCE, dans des productions venues de province, cet ouvrage
dont la musique se situe dans la descendance deMassenet et deWagner et dont l’héroïne est singulièrement en avance
sur son temps. D’ailleurs en 1900, les protagonistes firent
scandale : une fille du peuple qui suit un artiste deMontmartre
et laisse désespérés ses parents – un ménage d’ouvriers.
« C’est Zola en musique », devait encore écrire en 1930 à son
sujet PaulMorand. Les caprices de la mode et du goût n’ont pas
empêché Louise de connaître une authentique popularité,
peut-être tout simplement parce que Charpentier, auteur à
la fois du livret et de la musique, a su trouver un juste équilibre
entre charme et violence. En outre, il ne tranche pas entre
les thèses en présence : amour d’un jeune couple contrarié
par les préjugés de vieux parents ou harmonie apparente
d’un modeste foyer bousculée par la légèreté d’un artiste.
FAUT-IL Y ALLER ?

L’action est censée se passer dans un Paris de la fin du XIXe siècle. Le metteur en scène André Engel et son habituel décorateur, Nicky Rieti, l’ont déplacée dans l’ambiance des années 1930 et 1940, avec tout ce que cela comporte d’inévitables anachronismes et sans que cela facilite la
compréhension des spectateurs actuels, pas plus au fait des mentalités montmartroises 1900 que des états d’esprit des petites gens après le Front populaire. Une transposition à notre époque n’aurait-elle pas été plus parlante ? Dans la fosse inexplicablement rehaussée, l’orchestre sonne parfois trop fort et couvre les voix et c’est grand dommage, car la direction de Sylvain Cambreling détaille et dépoussière la partition comme dans son enregistrement pour Erato. Côté voix, José van Dam, qui avait abordé, pour le disque, le rôle du père, trop jeune en 1977, est là d’une bouleversante humanité. La prosodie en français de Jane Henschel (la
mère) et de Paul Groves (Julien) est à souligner pour deux Américains.Mireille Delunsch est une Louise qui ne manque ni de noblesse ni d’intelligence, mais son soprano manque tout de même d’étoffe.
Opéra Bastille : place de la Bastille (XIIe)
Dates : 6, 9, 12, 19 avril à 19 h 30, 15 avril à 14 h 30
et sur France Musique en différé le 5 mai à 19 h 30
Loc. : 0892 89 90 90
Places : 5 à 130 €
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