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| La jeune chanteuse et violoniste Alison Krauss et l'ancienne voix de Led Zeppelin, Robert Plant. Un couple atypique réuni le temps d'un concert mais aussi d'un album, Raising Sand.
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Robert Plant et Alison Krauss
Le rocker et la country-girl

STÉPHANE KOECHLIN
Âgé de 60 ans, Robert Plant, l'ancienne voix supersonique du groupe de hard blues Led Zeppelin, a eu plusieurs vies. Son visage buriné de vieux Sioux anglais, porte le hâle du vent et des voyages. À côté, sa partenaire d'un soir et peut-être d'un album, la jeune chanteuse et violoniste Alison Krauss ressemble à un ange. Et pourtant, bien plus jeune - née en 1971 dans l'Illinois, - elle aussi a déjà bien vécu. Artiste professionnelle depuis l'âge de 13 ans, elle s'est consacrée à une seule musique, le bluegrass, et brillamment puisqu'elle a accédé au prestigieux festival country Grand Ole Opry (privilège accordé à l'élite là-bas). Mais elle reste largement ignorée chez nous, malgré sa collaboration à la musique du film des frères Coen, O'Brother. La sylphide du Far West a peut-être trouvé son passeport vers la France et l'Europe en rencontrant le célèbre rocker rocailleux. Le couple atypique a enregistré un album intitulé Raising Sand, plutôt inhabituel dans l'oeuvre volumineuse de Plant. Le vieux barde du blues a accepté - galanterie oblige - de suivre sa nouvelle amie dans sa filière, une musique plus sereine, mélange d'eau et de feu doux (même si la métaphore est facile), en un mot, assez plaisante. Derrière, nous reconnaissons sans mal le timbre piquant, acide, comme un serpent, de cet énorme chanteur qu'est resté Plant. Il y mitonne sa cuisine à la fois onctueuse
et pimentée, celle qu'on a tant aimée dans les albums récents de sa deuxième vie après le Zeppelin, des oeuvres plus qu'intéressantes (Dreamland et le formidable Mighty Rearranger). Il avait alors trouvé une solution, pendant les années 1980 et 1990, à sa perte de puissance, en jouant un folk psyché à l'ancienne, surfant sur des sonorités tortueuses et lyriques, une manière de renaître ou de survivre. Il se faisait plaisir alors qu'il aurait pu savourer l'énorme butin glané avec sa légendaire formation.
Son oeuvre solo n'a jamais touché un énorme public tandis que l'album Raising Sand vise, sans oser l'avouer, un public plus large (et aux dernières nouvelles, le disque serait la meilleure vente des deux artistes en solo). Nous ne savons pas, comme nous l'avons dit, si la liaison sera pérenne. Alison et Robert sont peut-être en train de construire un merveilleux château de sable, aussi friable que l'est parfois l'amour car, comme l'a écrit Henry James, cet autre grand analyste des rapports entre l'Angleterre et l'Amérique, « plus elle fleurissait et prospérait, plus il déclinait et languissait ». Le romantisme cache souvent un certain danger.
FAUT-IL Y ALLER ?
Oui. L'interaction entre le vieux barde psyché anglais et la belle chanteuse demeure un spectacle en lui-même. Une curiosité.
Grand Rex, 1, bd Poissonnière (IIe). Le 13 mai à 20 h 30. Places : 45 à 89 eur . Tél. : 08 92 68 05 96.
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