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Vincent Delerm : «J’ai un petit côté midinette !»

Par Annie GRANDJANIN (4 mai 2005)
Dès son premier album, Vincent Delerm s’est imposé comme un auteur-compositeur incisif et original, maniant avec talent la syntaxe et l’art de l’autodérision. Il y racontait notamment des histoires pleines d’amour et d’humour comme Deauville sans Trintignant ou Fanny Ardant et moi. Moins axé sur le cinéma, Kensington Square, son nouvel opus, est de la même veine, avec des références à l’Angleterre de Morrissey ou McCartney et aux filles des années 70. Rencontre dans un café du XIXe, son arrondissement, avant ses concerts à l’Olympia en mai dernier. Vous êtes passé du provincial intrigué par les bobos parisiens au nostalgique des années 70... Mon premier album était, en effet, la vision d’un provincial sur Paris, mais pas sur les bobos parce que c’est un concept que je ne connaissais pas. Je me suis inspiré de Rouen, ma ville, qui est assez bourgeoise avec des codes classiques, genre discussions de salons. Etre considéré comme un artiste de la nouvelle chanson française, cela vous convient-il ? Historiquement, la nouvelle chanson française pouvait avoir un sens à l’époque de Souchon, avec des gens qui ont amené quelque chose de nouveau, dans le format, la façon de faire. Je trouve, au contraire, que nous sommes la première génération qui ne fait rien de nouveau mais assume le fait de puiser chez nos aînés. Certains se réclament de Gainsbourg, de Berger, d’autres, comme Keren Ann, de Françoise Hardy. Alors, vous, ce serait plutôt Souchon ? J’aime son élégance et sa pudeur. Que répondez-vous à ceux qui vous qualifient aussi d’intello nostalgique ? On a pu me taxer d’intello parce que sur ma première pochette de disque je portais une veste. Quant aux références que je fais à Truffaut, ce n’est quand même pas ultrapointu. On a parfois l’impression que l’on fait soit des chansons référencées, soit de la variété. Pour moi, il y a simplement les belles et les bonnes chansons. Le Lundi au soleil, que je reprends sur scène, est une bonne chanson, efficace. C’est ce après quoi nous courons tous. Il y a une phrase de Souchon qui dit : « Il y a des chansons qui sont mieux que nous. » Quant au côté nostalgique, je ne m’y retrouve pas. Je suis plutôt quelqu’un de marqué par le passé. C’est très différent. Le succès de votre pièce Le Fait d’habiter Bagnolet vous a surpris ? Oui, mais je le dois en grande partie au savoir-faire de Sophie Lecarpentier, qui a réalisé la mise en scène. Je pensais que j’allais me faire étendre et les réactions ont été plutôt positives et bienveillantes. Et la victoire de la musique ? Ce qui a changé fondamentalement, c’est que pour les gens que je croise dans la rue, je suis devenu un vrai chanteur. La télévision est à la base de cette forme de notoriété. Si je donne quatre ou cinq concerts par semaine, sans faire de télévision, on me demande ce que je deviens. On a souvent critiqué votre voix. C’est vrai que dans mon premier album je prenais les notes très en-dessous. J’avais tellement envie d’exister que j’ai parfois forcé le trait. Je manquais encore de confiance dans ma justesse. Mais c’est cela aussi qui façonne une identité. Est-ce à cause de votre voix que vous travaillez tant le texte ? Sûrement. Je pense souvent à ce que disait Platini qui voulait gagner la Coupe du monde en marquant un but dans les cafouillages, sur la surface de réparation, à la dernière minute du temps additionnel. A un moment, il faut savoir créer l’émotion et chacun s’y prend comme il peut avec ses armes. A trop truffer vos chansons de références, ne vous éloignez-vous pas d’un certain public ? Je ne sous-estime pas le public au point de croire ça. Je ne sais pas à quoi ressemble un Mistral gagnant, cela ne m’empêche pas d’être ému lorsque Renaud en parle. Je suis complètement dans l’univers populaire de la chanson. J’aime les applaudissements. Tout môme déjà, je m’entrainais à saluer. J’aime les histoires des chanteurs, la vie des chansons. J’ai un petit côté midinette. Rien ne me fait autant d’effet que de croiser un artiste connu sur un plateau. Dire qu’on embrasse quelqu’un pendant quatorze minuteries, c’était une jolie trouvaille... Ça, c’est un truc de Truffaut : la théorie du saugrenu. Je crois qu’il la tenait de Guitry. Y a-t-il des choses que vous ne feriez pas pour votre métier ? Oui, comme aller sur un plateau de télévision où, pendant que je parle, il y a des SMS qui commentent ma coiffure. Répondre à des questions du genre : « Couchez-vous avec deux filles à la fois pendant vos tournées ? » Enfin, je ne veux pas aller dans une émission où Stevie donnera son avis sur mon album.
Ses adresses Le Jardin des Plantes. « Quand jétais étudiant, je venais régulièrement à la ménagerie, notamment au vivarium. Ma chanson La Vipère du Gabon vient de là. Pour la petite histoire, c’est mon parrain qui vivait en Afrique qui avait rapporté ce serpent. » La Cigale. « Je trouve la salle bien adaptée à la formule piano-voix. J’aime aussi l’idée du quartier des salles, place Clichy, avec l’Européen, le Trianon... » L’appartement idéal. « Je fantasme depuis toujours sur l’idée de retrouver et d’acheter l’appartement du film Le Magnifique, de Philippe de Brocca. » Bio express
31 août 1976. Naissance à Rouen. 2002. Sortie du premier album éponyme. 15 février 2003. Victoire de la musique catégorie « album révélation » Octobre 2003. DVD live (au Bataclan) Un soir boulevard Voltaire. Avril 2004. Deuxième album, Kensington Square. Juin 2004. Sa première pièce, Le Fait d’habiter Bagnolet, est à l’affiche du Théâtre du Rond-Point. Octobre 2004. DVD Les Pelouses de Kensington.
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