Expos
Méliès l'illusionniste

JEAN-LOUIS PINTE
Magie ! Ce nom évoque tout de suite Georges Méliès. Il sut d'emblée ce que le cinéma pouvait apporter au magicien qu'il était. Il pratiquait cet art dans son Théâtre Robert-Houdin. Curieux, il est aussi attentif aux expériences de Marey et à sa chronophotographie. Mais, pour ses débuts de cinéaste, on ne lui facilite pas la tâche. Les frères Lumière refusent de lui vendre une caméra. Alors il va à Londres chercher cet appareil miracle chez un opticien du nom de Robert William Paul. Ses premiers films, il les projette dans son théâtre et les vend à des forains. Un an plus tard, en 1897, il construit son studio de prises de vues à Montreuil. Il peut désormais laisser libre cours à son imagination, en particulier à son goût du fantastique
et de la fantasmagorie. Il tournera là ses chefs-d'oeuvre, Le Voyage dans la lune et La Conquête du Pôle. Ce studio sera rasé en 1947, malgré l'acharnement d'Henri Langlois, patron de la Cinémathèque, pour le sauver. Méliès tournera plus de 500 films en tant que réalisateur et producteur. Mais son style d'une fantaisie débridée va être balayé par l'arrivée du cinéma d'aventure, avec en particulier Louis Feuillade. Ruiné, il arrête son aventure cinématographique en 1913 et tient avec sa femme une boutique de jouets dans le hall de la gare Montparnasse. Il meurt en 1938.
CRITIQUE.
 
D'abord, il y a tout ces objets magiques qui ont servi à Méliès pour ses tours d'illusionniste dans son théâtre, de l'automate truqué au carton fantastique... Autant de chausse-trapes pour le regard. C'est de là que tout est parti, de ces apparitions, disparitions. Et tout de suite les films projetés aux trucages qui, parfois, font sourire, tout en provoquant une joie profonde. Méliès, par sa sincérité et l'énergie qu'il met à distraire, nous renvoie à l'enfance, lorsqu'on bricole soi-même quelques bouts de bois et de ficelles pour en faire un soldat ou une poupée. Curieusement, il demeure intemporel comme ses livres d'images qui séduisent toutes les générations. Parce qu'il a tout inventé, Méliès ne vieillira jamais. Et il y a la maquette du studio de Montreuil, à côté de photos prises en 1945 lorsqu'il était abandonné, en ruine. Les esquisses préparatoires aux films, la lanterne magique et son image animée. La cape de magicien de Méliès et autres costumes. Pièces miraculeusement sauvées de la destruction. Cette exposition rappelle que l'innocence est aussi une forme aboutie de l'art.
La Cinémathèque française, 51, rue de Bercy (XIIe). Tél. : 01 71 19 33 33. Horaires : du lun. au sam. de 12 h à 19 h, jeu. jusqu'à 22 h, dim. de 10 h à 20 h, fermé le mar. Cat. : Éd. Cinémathèque française - de La Martinière, 49 eur .
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