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Jean-Jacques Ceccarini/Le Figaro |
Jan Fabre au Louvre
L'ange exterminateur

JEAN-LOUIS PINTE
Dans les années 1970, il est l'artiste prophète en son pays, la Belgique, tant à travers la danse, le théâtre que les arts plastiques. Ce n'est que plus tard qu'il va conquérir Paris et la France, suscitant admiration et rejet, provoquant la polémique par ses partis pris radicaux. Jan Fabre pratique un art organique pour lequel tout le corps et ses matières sont utilisés. Passé maître de la performance, c'est avec la manifestation La Beauté à Avignon qu'il éblouit comme plasticien, en particulier avec l'utilisation du scarabée. Une rétrospective à la Fondation Yvon Lambert le consacrera. Juste avant le « scandale », en 2005, dans la Cour d'honneur du Festival provoqué par L'Histoire des larmes. Spectacle pour lequel Jan Fabre utilisait toutes les possibilités de la douleur et de la souffrance. Avant toute chose, l'artiste est dessinateur et plasticien. Il a fait ses études à l'Académie royale des beaux-arts et à l'Institut des arts décoratifs
et artisanaux d'Anvers. Le corps est au centre de son action artistique tant à travers ses performances qu'avec les arts plastiques. Acteur de la nouvelle vague flamande des années 1980, il participe aussi bien à la Documenta de Kassel qu'à la Biennale de Venise. Le voilà avec « L'Ange de la métamorphose ».
Ce n'est pas la première fois qu'il intervient à l'intérieur d'un musée. Il avait proposé aux Beaux-Arts d'Anvers une exposition intitulée « Homo Faber ».
CRITIQUE.
 
C'est une sorte de chasse aux trésors, un jeu de piste que propose Jan Fabre au coeur même des collections des peintures de l'École du Nord où l'on trouve aussi bien Van Dick, Rembrandt que Ruisdael. Mais il ne s'affronte pas à eux, il les caresse, leur fait la cour, s'approche au plus près de leur génie créateur. Il pratique un art de l'admiration. Jan Fabre a la manière toute en douceur de s'immiscer à l'intérieur de cette histoire de l'art. Là se sont des dessins pratiqués avec son propre sang et son sperme. Traces légères de désirs et de passion qui décrivent les relations entre l'amour, la vie et la mort. Ailleurs un « Gisant » repose sous le regard de Hemling. Au plafond des moines composés d'os humains défient le ciel. Regard en éveil on repère un « Bousier », boule de scarabées et de cheveux d'ange ou « l'Ange de la métamorphose » aux clous dorés qui attend aux côtés d'un calvaire de Jean de Beaumetz. Mais le clou de cette exposition est un immense cimetière aux pierres tombales entassées les unes sur les autres dans la salle Rubens. Il en émerge un immense ver de terre dont la tête est celle de Jan Fabre. « Je veux sortir ma tête du noeud coulant de l'histoire », dit une voix. Une plainte. Un aveu !
Musée du Louvre, 99, rue de Rivoli (1er). Tél. : 01 40 20 53 17. Horaires : Tlj sf mar. de 9 heures à 18 heures, noc. ven. jusqu'à 22 heures. Jusqu'au 7 juillet. Cat. : Éd. Gallimard-Musée du Louvre, 45 eur .
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