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| Caprices – Planche 62 - Volaverunt, 1799 (Petit Palais / Roger Viollet Francisco Goya)
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Goya graveur
De «Caprices» en «Désastres»

JEAN-LOUIS PINTE
L’artiste était en cour. Promu premier peintre du roi d’Espagne,
Goya ne se satisfaisait pas de cette notoriété et de ses honneurs, c’était aussi, à travers la gravure, un chroniqueur de son époque, un de ceux qui critiquaient le monde, enmontraient la violence et la lâcheté, avec un regard lucide
presque désabusé. Toute son oeuvre graphique en est la preuve. Elle illustre admirablement les contradictions de l’homme, capable de faits héroïques comme des pires atrocités. Goya s’octroie la liberté d’en être l’observateur
perspicace et sans concession. Critique, son art joue aussi
bien du réalisme que de la fantasmagorie. Un côté fantastique
qui sert à donner plus de violence à ses dénonciations en utilisant parfois la satire. Il l’exerce en particulier dans Les Caprices où il brocarde ses concitoyens dans ce qu’ils ont de plusmesquin. Goya procède par thème. Avec Les Désastres de la guerre, ilmet face à l’horreur totale, à la barbarie la plus
arbitraire. Dans La Tauromachie, il cède à la passion qui anime
tous les Espagnols : il décrit la volupté de lamort, le cérémonial
qui unit l’homme et la bête dans le sang de la viemême. Enfin
les Disparates sont comme un exercice de la part de l’artiste dans lequel il s’amuse à nous entraîner vers un imaginaire débridé. Où la folie rôde jusqu’à effrayer.
Dans son atelier
Comment un artiste procède-t-il pour effectuer une gravure ?
Comment l’imprime-t-on ? L’atelier de Goya est reconstitué
dans l’exposition. On y décrit tous les processus de la création, du premier trait jusqu’à la plaque de cuivre pour l’eau-forte et l’aquatinte. Autre procédé, la lithographie, une nouveauté pour l’époque, à laquelle Goya s’affronte avec unemaîtrise
étonnante. La série «Les Caprices» sert de prétexte à cette démonstration. D’abord, avec les dessins préparatoires, les planches et enfin les plaques de cuivre et les tirages.
CRITIQUE.
 
Il faut d’abord louer la remarquable et lumineuse scénographie de Véronique Dollfus et de Patrick Hoarau.
En jouant de l’ombre et de la lumière, du blanc et du noir, ils laissent s’exprimer l’atmosphère sensuelle, angoissante parfois, mystérieuse aussi qui se dégage de chaque gravure.
Chacune garde sa propre identité sans être jamais orientée
vers une quelconque esthétique par des effets de mise en espace. Tout est vrai et juste dans leur parti pris. D’entrée on côtoie quelques gravures de Rembrandt, de Vélasquez et de Tiepolo, artistes qui ont influencé Goya. Splendide introduction
à ce qui va suivre. Le trait de Goya s’approche de celui du pinceau, il est d’une densité qui fait de chaque dessin presque un tableau. Il s’attache à révéler dans son abandon le plus total chaque personnage ou chaque action. On passe de la beauté provocante d’une Sévillane à la caricature violente et dévastatrice d’une vieille duchesse dont le reflet dans son
miroir n’est autre que celui de sa propre mort. Tout est dit de la vie.
Musée du Petit Palais,
avenue Winston Churchill (VIIIe).
Tél. : 01 53 43 40 21. Horaires :
tlj sf lundi et férié, de 10 heures
à 18 heures, nocturne le jeudi
jusqu’à 20 heures. Jusqu’au : 8 juin.
Catalogue : Éd. Paris musées, 49 €.
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